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La Russie de Poutine: la conviction de la supériorité d’un peuple / Putins Russland: Ideologie vom überlegenen Volk

Ma passion pour les langues allemande et française se traduit par une autre traduction. Cette fois, il s’agit d’une chronique de S.P.O.N. – Der Schwartze Kanal, de Jan Fleischhauer de Spiegel Online. Il s’agit d’une analyse révélatrice sur le discours fasciste de Vladimir Poutine.

Voici le lien pour l’article original : http://www.spiegel.de/politik/ausland/putins-russland-ideologie-vom-ueberlegenen-volk-von-jan-fleischhauer-a-967115.html

Vladimir Poutine, successeur idéologique des leaders soviétiques? Absurde. Quiconque lit les discours du président russe doit reconnaître que ses références idéologiques se trouvent dans le fascisme.

Pour comprendre Vladimir Poutine, on doit l’écouter. On doit savoir ce qu’il veut et, plus encore, ce contre quoi il lutte. Les aversions et les peurs d’un politicien en révèlent plus que ses intentions et ses promesses.

Mais qu’est-ce qui agite Poutine ainsi? Le thème central de chaque discours est l’encerclement, la menace de puissances qui, terrifiées par la force intérieure du peuple russe, voudraient empêcher son épanouissement. « Ils essaient constamment de nous mettre au rancart parce que nous nommons les choses par leur nom et que nous ne sommes pas hypocrites », déclarait-il en mars lors d’un discours devant les représentants de la Douma. « Il se trouve assez de puissances dans le monde qui craignent notre force, notre grandeur. C’est pourquoi ils essaient de nous diviser. »

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Pourquoi Obama sera-t-il reconnu comme un des plus grands présidents

Voici une traduction de l’anglais vers le français que j’ai faite par admiration pour le président des États-Unis Barack Obama. L’excellent texte d’origine est celui de Jim Nelson, tiré de GQ en ligne, le 14 avril 2016.
http://www.gq.com/story/obama-greatest-president-legacy

Quelque chose va se produire -il est presque trop tôt pour l’admettre, mais c’est là, une pensée à demi consciente qu’on commence à peine à considérer. Peut-être que notre esprit la rejette comme on balaie une mouche de la main. «Nah, trop tôt pour dire», ou «Je déteste ce type.» Mais on ne peut échapper à la vérité, et elle ressemble à ceci : Barack Obama sera intronisé au panthéon des grands présidents.

Attendez. Un des meilleurs? demandez-vous, le pouce prêt à rendre son jugement sur moi, en indiquant le haut ou le bas. Celui que certains aiment détester plus que tout ? Assez pour se retrouver sur le billet de 20 ? Assez pour figurer sur le mont Rushmore ?

Oui. (Bien qu’on ne taille plus de monts Rushmore de nos jours.) À bien des égards, Obama s’en est mieux tiré que nous l’avions imaginé, a fait plus que ce que le corps politique a mérité, et a accompli beaucoup, beaucoup plus que ce que ses ennemis vont jamais admettre. Mais le meilleur atout de la grandeur est que l’opinion des ennemis n’a aucune importance.

En fait, et je le dis en tant que fan de Bill Clinton, je suis persuadé que dans les décennies à venir, l’étoile d’Obama montera plus haut que celle de Clinton, et qu’il va le remplacer dans l’esprit du public comme le plus grand démocrate depuis FDR.

Cela tient à la nature du leadership d’Obama, qui mise sur l’héritage. On se souviendra longtemps de Bill Clinton pour son charisme, parce qu’une reprise économique a marqué son terme, et qu’il a redoré le blason du Parti démocrate. Barack Obama restera dans les mémoires pour son charisme, parce qu’une reprise économique a marqué son terme, et qu’il a redoré le blason de la présidence. Son envergure dépasse simplement celle de Clinton.

En fait, l’héritage d’Obama est du genre qui conduit à la canonisation. Parce que la première règle de la renommée dicte que les temps doivent être durs pour qu’un président laisse sa marque. Guerres civiles ou mondiales, dépressions et récessions, vous en avez besoin pour vous hisser au-dessus de la mêlée. Voilà pourquoi nous élevons les Washington, Lincoln et Roosevelt au-dessus du gros type à l’allure de morse. Comme Obama, ces grands hommes ont trimé dur, gagné gros, et laissé le pays en meilleur état qu’il ne l’était.

Par contre, c’est aussi la raison pour laquelle on dénigre les Jimmy Carters et Herbert Hoovers. Ont-ils été aussi mauvais que dans notre mémoire? Probablement pas. Mais ils ne l’ont pas eu facile, ont seulement joué un tour, et ont laissé le pays en mauvais état. On repassera pour l’héritage. (Hoover me rappelle de plus en plus Donald Trump! Élu avec peu d’expérience politique, Hoover était un riche bâtard dont le leitmotiv était que le gouvernement était inutile. Sa réponse à la Grande Dépression fut d’entreprendre une guerre commerciale et de réaliser le projet colossal que fut le barrage Hoover. Celui-ci s’est révélé être un mur géant qui n’a ni empêché ni résolu de problèmes plus importants. Ironie, il rappelle les projets de construction de Trump!)

Au-delà de legs mémorables comme Obamacare, le sauvetage de l’économie, et d’avoir rendu l’Amérique plus tolérante envers les minorités sexuelles, Obama a quelques autres atouts pour jalonner l’histoire. Être le premier président noir, bien sûr, garantit une certaine pérennité. Mais ce qui est de plus en plus probable est que, tout comme Martin Luther King Jr. l’a rêvé, il sera peut-être un jour jugé moins pour la couleur de sa peau que pour son caractère. Ce personnage a surmonté toutes les tentatives de ses adversaires et de ceux qui ont essayé de le traîner dans la boue ou mis en doute sa nationalité. Il s’est élevé au-dessus de tout ça. Et, heureusement, il a emmené la plupart d’entre nous avec lui. Il n’a pas seulement gouverné notre pays, mais aussi notre humeur et notre attitude, ce qui est bien plus difficile. Au moment où nous sommes devenus plus polarisés, notre discours plus arrogant et plus venimeux, Obama est toujours ressorti comme le plus mûr, celui que nous voulions être et suivre.

Ironie du sort, ce qui devait être son talon d’Achille, ce que les critiques aimaient lui reprocher pour le salir, s’est révélé être un des garants de sa postérité : son éloquence, son habitude des discours préparés et du prompteur, comme si s’adresser au pays dans son ensemble, en essayant d’unifier ou d’inspirer les gens, était superficiel. (Sarah Palin, dans une fameuse diatribe hurla : « Monsieur le Président… éloignez-vous du prompteur et faites votre travail ! » tout en lisant un prompteur elle-même.) Mais les formules charnières à des moments cruciaux ne sont pas seulement la marque des grands leaders, c’est la manière principale avec laquelle ils marquent notre mémoire. La première chose que la plupart des gens peuvent se rappeler à propos de Lincoln? Le discours de Gettysburg. FDR? Les conversations au coin du feu. George Washington? Ses «Snapchats» étonnants. (George était avant-gardiste.)

Qu’il s’agisse de son discours d’intronisation enflammé, de ses propos épiques sur la race et la religion, de ses réponses à la fusillade de Tucson et de Newtown, de l’annonce de l’assassinat d’Oussama ben Laden, de l’ouverture de Cuba, « Todos somos Americanos ! », et d’innombrables autres occasions mémorables, Obama, a toujours su comment s’adresser au meilleur de nous-même.

Enfin, l’Histoire ayant tendance à suivre une courbe descendante, alors que notre unité s’effiloche, s’atténue, et qu’il devient de plus en plus difficile pour les hommes politiques de réaliser quoi que ce soit, le poste de président sera moins tactique (à la Lyndon B. Johnson) et moins dramatique (à la Franklin D. Roosevelt). Le travail consistera largement à présider. À unifier où et comme on peut. Là aussi, Obama a pavé la voie.

C’est peut-être difficile à imaginer maintenant, mais face à la montée du chaos, nous rechercherons d’autant plus l’unité, et dans les années à venir, quiconque pourra parler d’unité de la manière la plus convaincante atteindra le sommet. (Il est difficile d’en imaginer beaucoup battre Obama à ce jeu.) Le carnaval électoral de cette année, avec Trump comme une sorte de bonimenteur de cirque débauché, ne fait que renforcer cette distinction. L’absurdité et le hideux de ce spectacle ont déjà auréolé Obama d’une qualité intemporelle, comme s’il était une créature d’un autre siècle, plus noble. Quoi qu’il arrive ensuite, je le sens jusque dans mes os : en consultant l’Histoire et en constatant la vitesse à laquelle Obama nous aura fait avancer, nous penserons, je l’espère: cet homme était rare. Et nous étions sacrément chanceux de l’avoir.