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Bad Boy

Je suis celui qui s’assoie en arrière
Inonde les uns de désir
Les autres de terreur et pourtant
Si vaste est mon génie
L’on me croit bien des choses, hélas
Rien de cela n’est vrai
Si seulement le bad boy en moi
Si seulement le gentil
Si seulement le grand sage encore
Si seulement le dandy
Rien de cela n’est tout à fait faux
Juste un peu de chacun
Vit là derrière ces côtes
Dans ce grand coeur qui bat


Le matou et la souris

Par l’odeur alléchée d’un copieux butin,
Une souris finaude élabora un plan.
Il fallait en effet éviter le félin,
Lequel partout rôdait et flânait en tout temps.
De sa gauche à sa droite, elle porta son museau,
Du matou ne capta que le lointain relent.
Par l’absence apparente du douteux damoiseau,
Bientôt elle s’enhardie, enfin pris son élan.
Lui se dissimulait au détour du chemin,
lui barrant le chemin, lançant depuis le coin :
« Ne craignez-vous donc point qu’ici je ne vous croque ? »
« Vos propos toujours ont le mordant d’un Larocque[1] »,
Rétorqua la petite au souverain des lieux
Qui montrait ses canines un rire dans les yeux.
« À danser proprement, exercez-vous ma chère,
Comme lorsque je n’y suis point pour veiller au grain »,
En s’avançant vers elle, poursuivi le vilain.

À ces mots elle bondit, mue de grande colère !
« Que je reconnais là vos talents orateurs,
Surpassant de grands bonds ceux de bien des rongeurs ! 
Laissez-moi vous montrez quelques pas d’une danse,
De celles que l’on ne voit que lors de votre absence »,
Finit-elle défiant le chat de ses grands airs.
« Vite il vous en cuira de vos nombreux affronts !
Chacun a son rôle en notre noble maison.
Le mien de vous tenir toujours au garde-à-vous,
Le vôtre, de rester au plus loin du ragoût ! »
Il s’élança alors, longtemps la pourchassa.
Jusqu’à l’épuisement, la pauvre se sauva.
« On me nomme souris, et vous montrez les dents »,
Remarqua-t-elle enfin, la course abandonnant.
« Soit, je me plierai donc à votre volonté,
mais laissez-moi du moins un instant respirer. »
De ces mots agréables, le matou fut content,
Ailleurs alla mâter d’autres récalcitrants.


[1] Référence à Paul Larocque, chef d’antenne et analyste politique du réseau TVA


Rien

Rien, un voyage enlevant vers le néant et la perte de temps la plus exquise qui fut jamais écrite. Croyez-moi, cet exercice est le plus salvateur et le plus zen qui soit. Vous vous prenez à espérer que : voilà un truc qui comblera mon besoin maladif de divertissement intellectuel. Et là, à la lecture de ces mots, vous vous dites : enfin quelqu’un qui m’a compris ! La faim de ce vide puissant qui vous broie de l’intérieur avec la force du plus colossal trou noir que l’Univers ait porté sera apaisée un moment. Cette vacuité porte un nom tellement poétique : l’ennui.
Rien est la preuve absolue du pouvoir des mots et de leur valeur de sortilèges. Une telle richesse de vocabulaire pour ne rien dire!
Ceci est la plus grande perte de temps que vous aurez jamais lue.
Déjà, vous ne pouvez plus détacher votre regard de ces lignes, car vous tenez mordicus à savoir de quoi il retourne. Une sorte de masochisme profondément dissimulé en vous vous pousse à continuer à lire, et ce, même si vous savez très bien que c’est peine perdue, que rien ne vous attend au bout du chemin. Oh, vous essayez tant bien que mal de détourner les yeux en vous disant qu’on se fout de votre gueule, mais vous continuez d’espérer qu’au bout du compte il y aura bien une explication à tout ce verbiage. Que nenni! Vous perdez votre temps et vous le savez… mais quand même, vous vous tortillez un peu les fesses. Par à-coups, quelque chose secoue votre ventre. Un léger fou-rire commence à se faire sentir, car vous trouvez cette lecture ridicule. Et vous vous trouvez ridicule vous-même un peu, mais bon, vous y ressentez quand même un certain plaisir. Vos neurones d’intellectuel-le s’agitent, et ça, ça n’a pas de prix! L’auteur de ces lignes commence à vous taper sur les nerfs. Comment ose-t-il me tenir en otage avec mon amour des mots ? vous dites-vous avec un sourire mi-figue, mi-raisin. Et ça continue. Ou plutôt, vous continuez. Je concocte au fur et à mesure un discours qui vous tient en haleine. C’est un défi que vous vous êtes lancé sans même vous en rendre compte, et qui veut que vous réussissiez coûte que coûte à vous rendre jusqu’au bout du texte – qui n’est pas si long, vous encouragez-vous. Vous parviendrez à trouver un sens à ce Rien, comme on cherche à se rendre au bout de la vie en espérant y comprendre quelque chose.
Cette fois, vous vous demandez à quoi ça sert de vous accrocher comme ça. Vous réussissez tout de même à vous retenir d’aller voir la fin du texte, car vous craignez de gâcher la surprise et le moment tant attendu de l’illumination, quand tout se met en place et que l’intrigue prend tout son sens. Et bien, voilà : le texte est terminé. Vous pouvez continuer à trouver d’autres façon de remplir votre vide affamé. Quoique je suis persuadé que vous parviendrez à trouver, sinon à donner un sens à ces lignes. Je suis certain que vous intellectualisez déjà sur cette délicieuse perte de temps. Et vous avez envie soit de me frapper, soit de me remercier de vous avoir offert ce petit Rien qui vous fait rire aux éclats par la profondeur de son inanité.


Sans épilogue

J’habite une histoire trop compliquée pour être écrite.
Je l’ai pensée moi-même, comme un grand.
Mais j’en ai perdu le fil.
J’ignore maintenant à quel chapitre j’en suis.
Peut-être est-ce le premier.
La conclusion, je ne l’ai pas encore trouvée.
Tant mieux.
Quoique passer par la fin avant toute autre page éternise le récit.
Un conte sans epilogue.

C’est là ma vie.


Insomnie

Dans la nuit un ventilateur
Le seul son qui se meut
Ma présence amère
Rien d’autre ne me plaît
Que rester là
À ne rien faire
Il n’y a rien d’autre
À faire
Je suis seul
Honte d’être seul
Ça veut tout dire
La solitude, s’entend
Elle me révèle à moi-même
Ma solitude
Ma seule véritable possession
Mon amie toujours présente
Elle ne me juge pas
Il n’y a rien à juger
Juste un morceau de néant
Qui pense
Qu’il a raté sa vie


Yin et Yang

Yin et Yang

En moi une ombre vit
Je suis elle, elle est moi
Elle se love au creux de mon abysse intérieure
Longtemps je l’ai balayée l’ai bannie l’ai exilée
Horrifié de la savoir partie de qui je suis
J’ai pour lors et depuis ressenti son angoisse
Son aigreur
Le désespoir avec lequel elle me punissait
Et c’est tout mon être qui tressaillait
Qui exhalait Qui hurlait Que j’avais besoin de mon amour
Afin de nous sentir apaisés, ma ténèbre et moi
Je lui ai tendu la main l’ai accueillie
Offert la sécurité de mon cœur
C’est ainsi que, en paix, elle ne déchaîne plus mes saisons
Car avec elle, je suis complet


Décision, décision…

Une âme se trouvant entre deux vies avait une conversation avec la Source de toute chose.

– Pour ta prochaine vie, tu peux choisir d’incarner n’importe lequel des êtres qui a existé, existe ou existera, et ce, à n’importe quel moment.

– J’aimerais bien pouvoir faire d’autres choix, dit l’âme. Puis-je renaître à nouveau comme celui que j’étais ?

-Si tu veux, mais tu pourrais aussi faire ces autres choix en étant quelqu’un d’autre. Ce serait plus amusant, tu ne penses pas ?

-Vous avez raison. Mais vous, l’avez-vous déjà fait, vous incarner en l’un des êtres qui peuplent l’Univers ?

-Je le fais constamment. En fait, c’est toute la différence entre vous et moi. Vous pouvez être chacun d’eux, mais à tour de rôle. Moi, je suis chacun d’entre vous au même moment.

-Wow !

-N’est-ce pas ?


Le baume de l’ange

Reclus je déclame ma plainte. Nul pour me prêter l’oreille. Pas plus afin de sonder mes affres.

Pourtant un frisson me remue. Comme étreint de bras prodigieux. Réplique à tant de doléances.

Alors m’inonde une quiète conviction. Me subjugue une inexplicable gnose. Pour laquelle me font défaut les mots.

Mais dont le sens absolu se condense.

Tout ira bien.


Sous les feuilles d’automne

      J’ignore s’il me cherche encore. Je n’ai rien entendu depuis un moment. Mais je n’ose pas sortir de ma planque pour jeter un œil, au cas où ce serait une ruse pour me débusquer. Je l’imagine dissimulé derrière un tronc, à l’affût du moindre son, de tout craquement inhabituel. Il était si charmant.

La nature sauvage m’entoure. Je m’y love. Comme une tortue dans sa carapace. L’air sent la mousse et l’humidité. Lui sentait l’après-rasage hors de prix. Aussi, j’ois sans cesse le son que produit son rasoir affûté.

Je me suis évadée pour la deuxième fois cette nuit. La première, c’est l’ennui que je cherchais désespérément à distancer. Et c’est dans les bras de cette chère Molly, au creux du vacarme d’une piste de danse que je trouvai alors refuge.

J’avais la tête ailleurs quand il est venu vers moi, et mon bassin tanguait au rythme des corps qui m’entouraient. Il avait pris mes mains, et les avait tenues entre les siennes, comme on fait une prière. J’avais rouvert les yeux pour m’égarer dans ses prunelles sans fond. Il n’a pas souri. Il semblait détaché de ce corps bien ferme, qui dégageait une chaleur où une chatte trouve son bonheur. Et j’ai surpris mes jambes à suivre les siennes. Un peu contre ma volonté. Il m’avait sûrement droguée, quand j’y pense.

Le tapage de mes larmes peut-il trahir ma position ?

Je fais un marché avec la vie : plus jamais je ne laisserai mon verre sans surveillance, mais épargnez-moi la leçon, j’ai compris.

Je tends l’oreille. La pluie a commencé à tomber doucement. Mais le tas de feuilles sous lequel je suis cachée me protège. Des pas font vibrer le sol non loin. Est-ce lui ? Peut-être un autre animal. Combien sont passés dans mon existence ? Je ne les compte plus. Je suis paralysée par la peur. S’il me trouve, c’en est fait de moi. J’ai dû perdre beaucoup de sang. Je ne sens plus mes bras. Je n’aurais certainement pas la force de me battre. Mon étourderie me met en rage. J’ai réagi sur le champ. Il m’a blessée, mais j’ignore où. Tout s’est passé à la vitesse d’une attaque de serpent. Je me rappelle seulement l’avoir mordu. Vraiment fort. Le goût du sang dans ma bouche et les poils pris entre mes dents en font foi. Et j’ai pris mes jambes à mon cou. C’était ma seconde fuite depuis le coucher du soleil. Mais ce coup-là, c’était pour m’accrocher à la vie, pas m’en cacher.

Je reste donc tranquille. De toute manière, dans le noir, comment m’y retrouver ? Ainsi, j’attendrai la lueur de l’aube. De plus, le boisé est assez dense pour bien me dissimuler. J’essaie d’entendre les insectes qui s’activent autour de moi. Heureusement, j’aime les bestioles. C’est des hommes qu’il faut se méfier.

Le vent se lève et fait bruire les feuillent des ormes et des frênes. Celles-ci s’amoncellent et m’ensevelissent, me gardant au chaud. Je ne sais plus depuis quand je suis là. Le temps n’est plus qu’un concept lointain. Je regarderais bien ma montre, mais je crains de révéler ma cache. Ça me donne l’occasion de revoir mes priorités.

Je me questionne d’abord sur la manière dont j’ai pu aboutir dans cette funeste position. Et les images me reviennent comme si je visionnais un film. Après avoir quitté l’after, je ne me souviens de rien jusqu’au moment où j’ai repris conscience dans la voiture qui roulait dans le noir. Cette pourriture a sûrement utilisé du GHB.

Du mouvement tout près me tire de mon errance. La lueur d’une lampe-torche à travers le couvert des feuilles me force à un silence absolu. Je ne respire plus. Un bout de mon chemisier couleur de cerise dépasse-t-il de sous les feuilles ? Possible, oui. Mais qui s’était dangereusement approché s’éloigne maintenant. J’ignore si je dois me propulser hors de mon refuge pour demander de l’aide. Un bon moment, je pèse le pour et le contre et je fini par me perdre dans mes pensées. Lorsque je décide de me manifester, il est déjà trop tard. Ils sont loin désormais.

Alors je replonge dans ma rêvasserie pour passer le temps. Le temps. Toujours lui. Lui qui décharne nos ambitions et nos projets. Qui ossifie jusqu’à la moindre mémoire. Et je m’endors. Encore.

Il fait jour. Des voix. Je n’ose toujours pas bouger. Ils sont trois. Une famille de randonneurs. Je veux les prévenir et leur conseiller la prudence, car l’agresseur est probablement toujours dans les parages. Alors depuis l’endroit où je suis cachée, j’ose m’adresser à eux. D’abord en chuchotant. Mais ils ne m’entendent pas. Alors je monte légèrement le ton. Et à cet instant, toute la terreur sort enfin de ma voix et je me mets à hurler pour qu’ils viennent me sortir de là, car je ne peux pas bouger. Je sais qu’on a vu mon vêtement. On enlève frénétiquement toute la saleté et les feuilles mortes accumulées pour me découvrir. Je la vois apparaître. Une petite fille me regarde avec les yeux ronds. Je lui dis de ne pas avoir peur et je lui souris de toutes mes dents. Ses parents s’approchent et je les remercie en pleurant de soulagement.

-Maman, regarde, demande la fillette, qu’est-ce que c’est ?

-Ne touche pas, mon ange! Antoine, appelle la police!

Je la dévisage, étonnée.

-C’est le crâne de quelqu’un, répond son père.


Forme et/ou contenu

Suggestion de lecture du moment :
La vie est un roman, de Guillaume Musso. L’auteur, comme beaucoup d’autres grands écrivains par la voix de leurs personnages, y expose des idées contraires, voire conflictuelles, de l’acte d’écrire.
« C’était ce qu’on attendait d’un écrivain prétendument sérieux. Qu’ils défendent l’idéal d’une écriture esthétique, intellectuelle, n’ayant d’autre but que la forme (…) La vérité c’est que je ne pensais pas un mot de tout ça. J’avais même toujours pensé l’inverse : que la grande force de la fiction réside dans le pouvoir qu’elle nous offre de nous soustraire au réel. » (p. 60) D’abord, pour répondre à cette assertion, je dirais que selon moi, l’exercice de style n’empêche pas l’imagination, qu’au contraire, il doit la soutenir, et vice versa. Mes livres préférés sont d’ailleurs ceux qui établissent un équilibre entre forme et contenu, comme celui-ci.

Bonne lecture