Chaîne YouTube de conteur

Les histoires délirantes du magistère Jacassier
Contes absurdifères et récits horriflippants

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Sous les feuilles d’automne

      J’ignore s’il me cherche encore. Je n’ai rien entendu depuis un moment. Mais je n’ose pas sortir de ma planque pour jeter un œil, au cas où ce serait une ruse pour me débusquer. Je l’imagine dissimulé derrière un tronc, à l’affût du moindre son, de tout craquement inhabituel. Il était si charmant.

La nature sauvage m’entoure. Je m’y love. Comme une tortue dans sa carapace. L’air sent la mousse et l’humidité. Lui sentait l’après-rasage hors de prix. Aussi, j’ois sans cesse le son que produit son rasoir affûté.

Je me suis évadée pour la deuxième fois cette nuit. La première, c’est l’ennui que je cherchais désespérément à distancer. Et c’est dans les bras de cette chère Molly, au creux du vacarme d’une piste de danse que je trouvai alors refuge.

J’avais la tête ailleurs quand il est venu vers moi, et mon bassin tanguait au rythme des corps qui m’entouraient. Il avait pris mes mains, et les avait tenues entre les siennes, comme on fait une prière. J’avais rouvert les yeux pour m’égarer dans ses prunelles sans fond. Il n’a pas souri. Il semblait détaché de ce corps bien ferme, qui dégageait une chaleur où une chatte trouve son bonheur. Et j’ai surpris mes jambes à suivre les siennes. Un peu contre ma volonté. Il m’avait sûrement droguée, quand j’y pense.

Le tapage de mes larmes peut-il trahir ma position ?

Je fais un marché avec la vie : plus jamais je ne laisserai mon verre sans surveillance, mais épargnez-moi la leçon, j’ai compris.

Je tends l’oreille. La pluie a commencé à tomber doucement. Mais le tas de feuilles sous lequel je suis cachée me protège. Des pas font vibrer le sol non loin. Est-ce lui ? Peut-être un autre animal. Combien sont passés dans mon existence ? Je ne les compte plus. Je suis paralysée par la peur. S’il me trouve, c’en est fait de moi. J’ai dû perdre beaucoup de sang. Je ne sens plus mes bras. Je n’aurais certainement pas la force de me battre. Mon étourderie me met en rage. J’ai réagi sur le champ. Il m’a blessée, mais j’ignore où. Tout s’est passé à la vitesse d’une attaque de serpent. Je me rappelle seulement l’avoir mordu. Vraiment fort. Le goût du sang dans ma bouche et les poils pris entre mes dents en font foi. Et j’ai pris mes jambes à mon cou. C’était ma seconde fuite depuis le coucher du soleil. Mais ce coup-là, c’était pour m’accrocher à la vie, pas m’en cacher.

Je reste donc tranquille. De toute manière, dans le noir, comment m’y retrouver ? Ainsi, j’attendrai la lueur de l’aube. De plus, le boisé est assez dense pour bien me dissimuler. J’essaie d’entendre les insectes qui s’activent autour de moi. Heureusement, j’aime les bestioles. C’est des hommes qu’il faut se méfier.

Le vent se lève et fait bruire les feuillent des ormes et des frênes. Celles-ci s’amoncellent et m’ensevelissent, me gardant au chaud. Je ne sais plus depuis quand je suis là. Le temps n’est plus qu’un concept lointain. Je regarderais bien ma montre, mais je crains de révéler ma cache. Ça me donne l’occasion de revoir mes priorités.

Je me questionne d’abord sur la manière dont j’ai pu aboutir dans cette funeste position. Et les images me reviennent comme si je visionnais un film. Après avoir quitté l’after, je ne me souviens de rien jusqu’au moment où j’ai repris conscience dans la voiture qui roulait dans le noir. Cette pourriture a sûrement utilisé du GHB.

Du mouvement tout près me tire de mon errance. La lueur d’une lampe-torche à travers le couvert des feuilles me force à un silence absolu. Je ne respire plus. Un bout de mon chemisier couleur de cerise dépasse-t-il de sous les feuilles ? Possible, oui. Mais qui s’était dangereusement approché s’éloigne maintenant. J’ignore si je dois me propulser hors de mon refuge pour demander de l’aide. Un bon moment, je pèse le pour et le contre et je fini par me perdre dans mes pensées. Lorsque je décide de me manifester, il est déjà trop tard. Ils sont loin désormais.

Alors je replonge dans ma rêvasserie pour passer le temps. Le temps. Toujours lui. Lui qui décharne nos ambitions et nos projets. Qui ossifie jusqu’à la moindre mémoire. Et je m’endors. Encore.

Il fait jour. Des voix. Je n’ose toujours pas bouger. Ils sont trois. Une famille de randonneurs. Je veux les prévenir et leur conseiller la prudence, car l’agresseur est probablement toujours dans les parages. Alors depuis l’endroit où je suis cachée, j’ose m’adresser à eux. D’abord en chuchotant. Mais ils ne m’entendent pas. Alors je monte légèrement le ton. Et à cet instant, toute la terreur sort enfin de ma voix et je me mets à hurler pour qu’ils viennent me sortir de là, car je ne peux pas bouger. Je sais qu’on a vu mon vêtement. On enlève frénétiquement toute la saleté et les feuilles mortes accumulées pour me découvrir. Je la vois apparaître. Une petite fille me regarde avec les yeux ronds. Je lui dis de ne pas avoir peur et je lui souris de toutes mes dents. Ses parents s’approchent et je les remercie en pleurant de soulagement.

-Maman, regarde, demande la fillette, qu’est-ce que c’est ?

-Ne touche pas, mon ange! Antoine, appelle la police!

Je la dévisage, étonnée.

-C’est le crâne de quelqu’un, répond son père.


Forme et/ou contenu

Suggestion de lecture du moment :
La vie est un roman, de Guillaume Musso. L’auteur, comme beaucoup d’autres grands écrivains par la voix de leurs personnages, y expose des idées contraires, voire conflictuelles, de l’acte d’écrire.
« C’était ce qu’on attendait d’un écrivain prétendument sérieux. Qu’ils défendent l’idéal d’une écriture esthétique, intellectuelle, n’ayant d’autre but que la forme (…) La vérité c’est que je ne pensais pas un mot de tout ça. J’avais même toujours pensé l’inverse : que la grande force de la fiction réside dans le pouvoir qu’elle nous offre de nous soustraire au réel. » (p. 60) D’abord, pour répondre à cette assertion, je dirais que selon moi, l’exercice de style n’empêche pas l’imagination, qu’au contraire, il doit la soutenir, et vice versa. Mes livres préférés sont d’ailleurs ceux qui établissent un équilibre entre forme et contenu, comme celui-ci.

Bonne lecture


XXIe

Un fait divers
Révolution
Mes yeux sont las
De cette fureur
Ces anges fuient
Courent à leur perte
S’estompent en la rixe sans fin
Et si ce n’est pas déjà fait
Sagesse est de cesser ce siècle

Bonne nuit


L’inommable

Le frisson m’étreint et s’éternise sur ma poitrine Angoisse
Il s’y fait une place et se fond en mon sein
Les personnages de mes lubies oniriques
remplacent cet effroi de solitude
Et enfin je peux poser mes yeux
Sur l’impensable étoile
Plus puissante que nos frayeurs
Et éternelle amie


Génération X

Dans les arbres de nos jeunesses

Nos souvenirs sont des cabanes

Un soupir face à ce vent

Porte les saveurs de nos baisers

Et les parfums de glaces partagées

Ce sont de méandreux refuges

Aux douces blessures du cœur

Revisitées sur pellicule

Ces chauds rubans Super 8

Qui sourient à travers le temps

Et nous rappellent en ronronnant

Chasses aux trésors rafistolés

Sublime époque privilégiée

Alors que nous fuyions la Terre

Dans le carton de nos fusées


Les Délyriques, épisode 2 : Deux têtes sont pires qu’une


Crime odieux à Malsains-Gens-sur -Trichelieu

Voici le premier épisode des « Délyriques ».

Et le lien pour le visionner :


Baskets aux mains

Petite fiction rigolote pour se moquer de la pensée platiste (qui prétend que la terre est plate).

Nous avons gagné! La vérité de Dieu a triomphé! Les preuves étaient accablantes et nos ennemis, ceux de la vérité, ont été jugé et condamnés à être bannis de cette Terre. C’est lorsque nous nous sommes rendus aux confins du monde pour exécuter la sentence et jeter par-dessus bord les hérétiques dans les profondeurs insondables du vide de l’espace que nous avons eu la surprise de rencontrer les autres.

Nous savions depuis longtemps que la Terre était plate. Les menteurs et les déviationnistes prétendaient qu’elle était ronde. Leur science biaisée et démoniaque avait volontairement mis de côté le savoir des saints anciens. C’était maintenant prouvé : elle s’apparentait singulièrement à un ballon de plage dégonflé. Mais jamais nous n’avions pris en compte l’existence des autres. C’est-à-dire les Australiens. Comment avaient-ils pu prospérer, voire survivre dans ces contrées, qui, je dois l’admettre, sont paradisiaques ?

Notre première visite s’était soldée par nombre de défections… et de décès regrettables. Les nôtres, peu exercés à la manière de se déplacer de nos hôtes et enivrés par la perspective de rejoindre Dieu dans le ciel, soit tombaient dans le vide de leur propre volonté, soit, affaiblis par des bras trop chétifs pour soutenir leur poids, poussaient un dernier cri, qui se perdait, comme eux, dans l’immensité… sous nos pieds. Mais nous avions le réconfort d’avoir eu raison. D’avoir raison.

Lors de notre première visite officielle, après êtres descendus de ce véhicule étrange dont les pinces remplaçaient ces bonnes vieilles roues auxquelles nous étions tant habitués, nous avons découvert avec un effroi mêlé de plaisir ces courroies et ces poignées que les habitants de la face sud du plateau terrestre avaient fixées absolument partout. Nous étions bien aises de pénétrer les édifices et d’utiliser à nouveau nos jambes sur ce qui chez nous était un plafond, mais chez eux servait de plancher. Pour le repos, des hamacs publics avaient été installés dans des aires aménagées avec soin, qui offraient une vue imprenable sur les abysses célestes, et nous admirions, médusés, les prouesses des habitants qui se déplaçaient en s’agrippant à tout ce qu’ils pouvaient avec l’aisance de primates allant de branche en branche, de liane en liane. Non pas que je prétende que l’Homme descend du singe, comme les impies l’affirment, mais peut-être ne leur sommes-nous pas totalement étrangers ? Enfin, la raison n’était-elle pas de notre côté?

Nos réunions, après un moment, avaient pour but de trouver une solution pour faciliter les déplacements, et par conséquent le commerce, entre nos deux réalités. Un académicien avait proposé de creuser des conduits menant d’une surface à l’autre. L’idée, d’abord accueillie avec enthousiasme, s’était révélée inefficace et coûteuse, puisque les échangent se révélaient trop compliqués. De plus, entre-temps, nous avions découvert que les Chinois vivaient accrochés au flanc de notre monde, leurs rizières suspendues comme des toiles sur un mur.

Toujours est-il que nous avons trouvé la solution. Après une rencontre (pas au sommet, mais sur le pourtour), il fut décidé de trouver l’embout par lequel gonfler le monde et en faire un globe. Nos plus récentes recherchent laissaient croire que celui-ci se trouvait caché dans les Himalaya, et celles-ci avançaient bon train.

Aujourd’hui, de ma fenêtre, d’où je peux admirer le panorama des nuages qui défilent sous ma nouvelle maison, je suis fébrile, car je fais partie de l’expédition d’exploration des montagnes dont les pics pourraient nous rapprocher du créateur, caché derrière la brume infinie. Baskets aux mains (un modèle dernier cri avec des lacets sur la paume afin d’alléger le fardeau de lacer chaque phalange), je prends ma besace et mes crochets et je sors.
Malheureusement pour nous, des zélotes qui croyaient que nous n’avions pas le droit de percer les secrets du divin nous ont tendu un guet-apens et nous font perdre main. Je reste cependant inflexible : le dernier mot, nous l’avions eu, en définitive

La lutte est brève. À quoi croyais-je m’accrocher? À mes convictions, à ma vie, mais n’est-ce pas la même chose puisque je n’ai toujours vécu que pour justifier mes certitudes? Enfin, je lâche prise…

Et je me suis mets à tournoyer tandis que rapidement la sousface du monde s’éloigne. Je suis saisi d’effroi à la pensée que je mourrai certainement de faim et de soif au cours d’une chute éternelle puisqu’il n’y a probablement pas de sol où aller me fracasser. Et puis tout à coup, la frayeur fait place à la consternation, puis la curiosité, car je viens de traverser la couche nuageuse habituellement impénétrable qui limite d’ordinaire l’horizon céleste. Je heurte quelque chose dans ma chute et glisse maintenant le long d’une paroi rugueuse. Les proportions dans ce ciel sans fin sont si vastes et moi si insignifiant que mon champ visuel ne me permet pas d’apprécier dans sa totalité le mystère de ce qui m’entoure. Et puis après un temps interminable, la compréhension s’empare de mon esprit fasciné.

Oserai-je avouer maintenant que de tout temps, nous avions tort ? Mon cœur est lourd. Je pense à ces pauvres hères que nous avons rejetés dans l’immensité qui m’accueille à mon tour. Il m’apparaît impossible d’en croiser ne serait-ce qu’un seul dans ma chute… Notre chute, car c’est toute notre société qui chute avec moi, notre conception falsifiée du monde.

Il me faut faire face à la réalité de mon échec, de notre échec, et je regarde ces yeux doux, plein de compassion, et ce visage qui s’éloigne à vive allure, mais que la distance me permet enfin d’embrasser du regard dans toute sa gloire, celui de l’être qui me regarde disparaître avec tristesse… une tortue, qui porte le monde sur son dos.

 


Rêve techno

La mouvance nous emporte

Corps qui serpentent

Peau électrifiée

Sens mûrs et sublimés

Bassin rebelle

Gravité sur pause

Interrompue par le son

Grisant comme des amphet’

 

Le Beat embrase le rythme cardiaque

Montée, crescendo

L’être en suspens

Entre les colonnes, le son

Canevas de vibrations et corps libéré

Synesthésie exaltante

Enfin la tombée subite

L’on s’élance sur la piste

Secoués de spasmes effrénés

Nous sommes dans l’interstice

Entre les dimensions