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Montréal, ville sous-marine

Notre peuple est ingénieux. Il a su s’adapter. C’était une question de survie. Bien avant le « Jour des mille et une gouttes d’eau », le climat auquel il faisait face offrait peu de moments de repos. En été, la chaleur ambiante transformait la chaussée en rivière de goudron fumant, et en hiver, saison de plus en plus courte, les bonshommes de neige avaient été placés sur la liste des espèces menacées.


À l’époque, nos scientifiques avaient prédit la catastrophe – que nous avons plutôt choisi de considérer comme une occasion de transformation. Les savants avaient fait un tapage médiatique sans précédent : nous devions nous préparer pour la montée des eaux et la grande pluie. En effet, selon eux, la planète se préparait pour un grand frisson. C’est-à-dire que pour se rafraichir parce qu’elle avait trop chaud, elle basculerait sur son axe pour repositionner ses pôles sur la terre ferme afin de faire baisser le mercure. Du même coup, elle déplacerait toutes ses eaux en un tsunami planétaire pour se laver. Et pour terminer, elle allait se rincer grâce à une pluie composée de toute l’eau des glaciers fondus dans l’exercice. « Ce sera, avaient-ils dit, comme lorsque vous dormez et que, parce que la température est inconfortable, vous changez de position dans votre sommeil. » Sauf que les eaux ne se retireraient pas et qu’il y aurait moins de surface habitable.


Il était clair pour tous qu’on ne pouvait pas en vouloir à notre bonne vieille Terre de chercher la fraîcheur, compte tenu de tout ce que nous avions fait pour augmenter la température.
Et les chercheurs avaient un plan. Très simple. Plutôt que de chercher à combattre ce qui se préparait, nous devions suivre le mouvement et nous adapter au changement. Nous avons donc pris la décision, peu populaire dans le reste du monde, de nous fier aux savants, et notre audace s’était révélée payante, voire salutaire!
Grâce à l’expertise du Biodôme, le centre-ville de la métropole serait réorganisé en terrarium géant! Dans cette optique, les services publics avaient commencé par condamner et colmater les entrées du métro. Et pour finir, un grand réseau de galeries avait été creusé pour relier les bâtiments et les galeries commerciales souterraines.


Chacun avait contribué. Les quincailleries de tout le territoire avaient fourni leur stock de mastic, de silicone et de tout ce qui servait à l’isolation; les enfants se sont départis de leurs pots de colle; les salons de coiffure de leur fixatif (au cas où). Les concessionnaires automobiles s’étaient mis en tête d’effectuer quelques mises au point pour rester dans la course et avaient remplacé les roues des véhicules par des rames pivotantes et des hélices, et la ville comptait maintenant la plus vaste flotte de sous-marins familiaux et le réseau routier subaquatique le plus étendu existant.


Au final, presque tout avait été calfeutré, colmaté et obturé. Mais tandis que l’échéance du grand retournement approchait, les derniers rouleaux de ruban adhésif entoilé, le fameux « duct tape » tant apprécié des bricoleurs de tout acabit, avaient été épuisés. Mais il restait encore les bouches d’égout. Des dizaines de kilomètres de tuyaux avaient été asséchés et serviraient de système d’aération. Les parfumeries avaient d’ailleurs proposé d’y déverser leurs stocks d’eau de Cologne pour rafraichir le tout quelque peu. Et on semblait avoir atteint le bout de la liste des solutions.
C’est alors que le désespoir commençait à s’emparer des citadins qu’un joueur de baseball des nouveaux Expos, venu raconter au bulletin de nouvelles comment le nouveau stade, bien obturé, allait pouvoir continuer de présenter des matchs, avait trouvé la réponse. Il s’était tourné vers la caméra et l’avait fixée intensément comme s’il regardait le public jusqu’au fond de l’âme et, les yeux brillants, avait gonflé une grosse bulle de gomme balloune.

Instantanément, les lignes de téléphones de la mairie et tous les services publics reliés de près ou de loin à l’effort de colmatage s’étaient mises à retentir. Des commerces de partout appelaient pour offrir leur concours. C’est ainsi que les propriétaires de dépanneurs avaient organisé un grand mâche-o-thon en offrant gratuitement leur inventaire de gomme à mâcher. Les boules de gomme ainsi produites avaient servi, avec tout le reste, à calfeutrer chaque édifice du centre-ville, à sceller pour toujours les fenêtres, et boucher chaque trou que l’on avait pu trouver.


Enfin, lorsque le jour J s’était pointé, la population, bien au sec derrière les fenêtres des tours à bureau recyclées en tours d’habitation, avait pu assister, fascinée, à l’arrivée de l’eau sous toutes ses formes. Seuls quelques protestataires anti-changement avait été emportés par les flots, accrochés à leurs pancartes, et des recherches avaient été menées pour retrouver les malheureux. Ceux-ci s’étaient réfugiés sur la petite île qu’était devenu le sommet du mont Royal, qui autrefois trônait fièrement au cœur de la métropole maintenant engloutie.


Avec le temps, on s’était adapté à cette nouvelle vie. On y prenait même plaisir. Des bancs de poisson avaient élu domicile dans les édifices qui n’avaient pu être sauvés et qui s’étaient couvert de corail. Le Stade olympique, lui, converti en centre de villégiature, avait été recouvert d’une nouvelle toile transparente qui permettait d’admirer des familles de baleines, dont la population croissait à nouveau. Le tout avait évidemment laissé une facture qu’on payait encore des décennies plus tard.


De nos jours, par beau temps, des bancs de poissons nous accompagnent lorsque nous mettons nos scaphandres pour aller jouer dehors, et des familles d’otaries, de phoques et de morses passent observer ces curieux primates qui leur envoient la main derrière les vitres de leurs vivariums sous-marins.


Séances et vice versa

Chapitre un

J’avais ma lampe torche, mes outils et ma bouteille de whiskey Buffalo Trace 2012. Une bouteille spécialement débusquée pour cette occasion unique d’entrée dans la postérité. Choisie avec soin, cette édition avait remporté un prix Liquid Gold Award de la Jim Murray’s Whisky Bible 2013. Évidemment, je n’allais pas me hasarder dans cette odyssée sans un joint, mon caméscope et une bonne dose de frousse trempée de nervosité. Et mon plan.

            Le plan qui m’avait couté une fortune.

Enfin, au diable mes doutes sur mes décisions financières, rencontrer Morrison n’avait pas de prix. « Jim, mon vieux, j’arrive. Toi et moi, on va se poser ensemble et on va trinquer. » Je me permettais de l’appeler par son petit nom comme si nous étions des connaissances de longue haleine. Reste que je devais y aller mollo avec le coude. Parce que la mienne d’haleine commençait à sentir les relents de bourbon. Au moins, je n’avais pas touché la boutanche que je lui destinais. Même si j’avais hâte de l’ouvrir pour le rituel que j’avais préparé.

            Bien entendu, la dispendieuse épure que je tenais entre mes mains ne venait qu’avec un minimum d’informations. À moins bien sûr d’ajouter un membre de plus au bras déjà payé. Seulement, l’intrigant qui m’avait amputé d’une bonne paie en échange était introuvable depuis la transaction. Et à en juger par les fripouilles avec lesquelles il semblait frayer, l’idée de farfouiller la cité me donnait des frissons.

            Enfin, je me tenais là où depuis longtemps mes fantasmes de transgresser l’Interdit me plaçaient. Oh, rien de bien criminel. Les seuls à qui je risquais de causer du tort, c’étaient les morts. Or, nous sommes d’accord que de l’autre côté du décor, quoi que l’on fabrique, les défunts s’en torchent.

            Me retrouver de nuit dans le plus connu des cimetières du monde se révélait plus facile que je ne l’aurais cru. Mais l’autodiscipline, qui est l’une de mes forces, n’y est pas pour peu. J’ai donc bien mémorisé les détails de mon plan d’action. Il me suffisait de suivre les indications sur les habitudes du personnel de surveillance et de suivre le tracé sans la moindre déviation. C’est ainsi que quelques heures après avoir fait ma visite préliminaire de la célèbre tombe de celui que j’étais venu invoquer, je localisai enfin un mausolée, indiqué sur ma carte, qui faisait office de portail dans les entrailles de Paris. Du moins, une partie de ses tripes dont l’existence n’était connue que de quelques « initiés ». La Ville lumière deviendrait bientôt pour moi, l’espace d’une nuit, la cité de toutes les noirceurs – ces coins sombres de mon être -, mais aussi de toutes les révélations qui allaient éclairer le reste de mon existence.

            Il me fallait réussir à forcer l’entrée du tombeau sans attitrer l’attention. Par bonheur, le bruit ne constituait pas un problème. Je pouvais compter sur la complicité des maroniers, dont les branches chargées craquaient de soulagement tandis que leurs fruits mûrs se précipitaient vers le sol de toutes leurs forces pour s’assurer de faire un vacarme sourd, mais régulier comme une pluie de grêlons. Leurs assauts répétés contre le pavé et les caveaux environnants couvrirait toute trace de ma présence.

            J’y étais. J’avais l’impression inconfortable d’être observé. Certainement une sensation partagée par tous les criminels amateurs, tels que moi en ce moment. Je la balayai comme une toile d’araignée qui n’est pas là. La porte devant moi, était en fer forgé, un panneau attaqué par la rouille couvert de plantes grimpantes. Pour le reste, classique : des colonnes, de la pierre et du mortier. Et de la mousse. Beaucoup de mousse. Et des murs noircis par l’humidité malsaine, gorgée de spores des moisissures. De toute évidence un lot familial oublié par ses héritiers. Ou habité aussi par ces derniers.

Je sursautai et me frottai les yeux, incrédule. Pendant une fraction de seconde j’avais cru voir du coin de l’œil la silhouette de quelqu’un par la fenêtre grillagée de la porte. Je mis cette hallucination sur le compte de la paranoïa et me dis que j’avais perdu assez de temps. Je sorti mes outils et me mis à l’ouvrage. Je n’eus pas d’effort à fournir, car la porte s’ouvrit alors que j’insérais le bout de mon pied-de-biche entre les deux battants. Certainement, quelqu’un me précédait. Je pénétrai sans tarder, alarmé par le bruit de pas dans l’allée que j’avais empruntée pour me rendre là.

Bon, je devais attendre. Pendant ce temps, ma vue s’était habituée à l’obscurité. Il n’y avait bel et bien personne à part une statue de la vierge qui me dévisageait d’un air triste et désapprobateur. Et tout ce que j’entendais à l’extérieur était la guerre que livraient les marronniers au bitume et aux pavés, comme pour rajouter des fissures par lesquelles les morts pourraient respirer. De chaque côté de la structure se trouvaient quatre enfeus disposés l’un par-dessus l’autre. Des fissures assez larges pour distinguer des tombes lézardaient les panneaux de marbre de ces cavités. Celle du côté inférieur gauche était juste assez fracassée pour permettre de s’y faufiler. Et aucune tombe ne s’y trouvait.

Je souriais. La carte m’avait couté cher, soit, mais elle tenait ses promesses. Tout bien considéré, ces truands étaient terrifiants mais efficaces. Je plaçai donc mon sac à dos devant moi et avançai tel un serpent dans la niche. Ma lampe frontale ne me montrait que le cul de mon sac, ainsi je ne vis pas le trou par lequel la tombe avait glissé pour se fendre et laisser s’enfuir des restes humains à moitié séchés comme du vieux cuir. Ceux-ci n’étaient pas allés bien loin, et m’accueillaient alors dans un vacarme à réveiller les morts, avec des hurlements que j’espérais être les miens. Je relevai mon visage enfoui dans la cage thoracique du malheureux cadavre. Et crachai un bout de quelque chose de légèrement salé et caoutchouteux.

Toute ma peur alimenta mon élan vers la bouteille de whiskey, dans ma besace. Je soupirai de soulagement et me retournai sur le dos. L’alcool était sauf. Je tournai la tête vers le rictus du squelette qui me narguait à travers les restes de peau séchée. C’est alors qu’horrifié à la pensée d’avoir presque avalé un morceau du bonhomme comme une bouchée de Beef Jerky, l’idée d’inonder ma gueule d’une rasade d’alcool fort pour tuer les germes vînt à mon secours. Je me gargarisai donc avec le reste de ma fiasque, qui, je l’espérais, venaient de mettre un terme à la fête des microbes hérités de mon pote au sourire éternel.

            Assez perdu de temps. Je me redressai et consultai mon plan. Une ouverture de la taille d’une porte se trouvait à ma gauche dans la paroi de l’ancien tunnel où j’avais atterri, et qui devait normalement conduire jusqu’au quartier du temple. Seulement, ce qui semblait être le seuil d’une galerie inexplorée ne figurait pas sur la carte. De plus, il suscitait un sentiment de discordance. J’osai y passer le col et bombardai l’intérieur avec le puissant faisceau de diodes électroluminescentes. De toute évidence plus ancien, bien plus ancien que le tunnel secret de ma carte, le conduit datait probablement de l’époque post-romaine. Je franchis le pas et fut aussitôt accueilli par une musique feinte qui s’intensifia tandis que je m’enfonçai dans sa direction. J’étais alors persuadé qu’un groupe de jeunes faisaient la fête dans une partie inconnue de catacombes non répertoriées. Car les célèbres couloirs et leurs illustres ossuaires se trouvaient pourtant à des lieux d’ici.

Curieusement, c’était en effet dans ce genre d’endroit que je me retrouvai après avoir descendu un escalier de pierre en colimaçon. Comment aurait-il pu en être autrement ? La galerie souterraine s’élargissait enfin. Des centaines de fémurs empilés bordaient chaque côté du passage où je penchais légèrement la tête, et une quantité impressionnante de crânes m’observaient comme une foule qui se prépare à assister à une exécution.

            On m’interpela -par mon nom -, et la surprise me fit plier les genoux de terreur. Je crois même avoir crié en perdant conscience devant le type qui s’approchait de moi d’un pas assuré.

Dans cet endroit perdu aux abords de l’antichambre de l’enfer, où seul le faisceau de ma lampe torche tentait de fendre la chaire de l’obscurité, j’ouvris les yeux et un visage souriant m’accueilli.

Il se tenait à genou, là, devant moi. Jim Morrison m’observait d’un air amusé. Je n’y comprenais rien. Je n’avais pas encore effectué la cérémonie, ni psalmodié les incantations – auxquelles, je dois l’admettre, je n’accordais aucun crédit. Simplement, le rituel – au succès duquel je ne croyais même pas, dois-je préciser -, devait être filmé dans son entier et mis sur le Net afin de prouver que j’avais accompli le défi que je m’étais lancé devant mes fans sur ma page Web.

C’était comme s’il avait lu dans mes pensées.

– Mon pauvre vieux, si tu voyais ta tronche ! C’est pas toi qui m’as invoqué, c’est plutôt le contraire.

– Comment ? C’est quoi cette histoire ?

– Ben quoi, pourquoi les vivants pourraient invoquer les morts et pas l’inverse ? Ce serait vraiment pas juste.

Et voilà comment je me suis retrouvé dans l’envers du décor. Cher ami, il y a tant à relater. J’espère pouvoir passer par chez toi te conter la suite.

À suivre…

À vous qui lisez ces lignes, plus le texte recevra des mentions j’aime, plus je serai incité à écrire une chapitre suivant pour votre bon plaisir.


Bad Boy

Je suis celui qui s’assoie en arrière
Inonde les uns de désir
Les autres de terreur et pourtant
Si vaste est mon génie
L’on me croit bien des choses, hélas
Rien de cela n’est vrai
Si seulement le bad boy en moi
Si seulement le gentil
Si seulement le grand sage encore
Si seulement le dandy
Rien de cela n’est tout à fait faux
Juste un peu de chacun
Vit là derrière ces côtes
Dans ce grand coeur qui bat


Le matou et la souris

Par l’odeur alléchée d’un copieux butin,
Une souris finaude élabora un plan.
Il fallait en effet éviter le félin,
Lequel partout rôdait et flânait en tout temps.
De sa gauche à sa droite, elle porta son museau,
Du matou ne capta que le lointain relent.
Par l’absence apparente du douteux damoiseau,
Bientôt elle s’enhardie, enfin pris son élan.
Lui se dissimulait au détour du chemin,
lui barrant le chemin, lançant depuis le coin :
« Ne craignez-vous donc point qu’ici je ne vous croque ? »
« Vos propos toujours ont le mordant d’un Larocque[1] »,
Rétorqua la petite au souverain des lieux
Qui montrait ses canines un rire dans les yeux.
« À danser proprement, exercez-vous ma chère,
Comme lorsque je n’y suis point pour veiller au grain »,
En s’avançant vers elle, poursuivi le vilain.

À ces mots elle bondit, mue de grande colère !
« Que je reconnais là vos talents orateurs,
Surpassant de grands bonds ceux de bien des rongeurs ! 
Laissez-moi vous montrez quelques pas d’une danse,
De celles que l’on ne voit que lors de votre absence »,
Finit-elle défiant le chat de ses grands airs.
« Vite il vous en cuira de vos nombreux affronts !
Chacun a son rôle en notre noble maison.
Le mien de vous tenir toujours au garde-à-vous,
Le vôtre, de rester au plus loin du ragoût ! »
Il s’élança alors, longtemps la pourchassa.
Jusqu’à l’épuisement, la pauvre se sauva.
« On me nomme souris, et vous montrez les dents »,
Remarqua-t-elle enfin, la course abandonnant.
« Soit, je me plierai donc à votre volonté,
mais laissez-moi du moins un instant respirer. »
De ces mots agréables, le matou fut content,
Ailleurs alla mâter d’autres récalcitrants.


[1] Référence à Paul Larocque, chef d’antenne et analyste politique du réseau TVA


Rien

Rien, un voyage enlevant vers le néant et la perte de temps la plus exquise qui fut jamais écrite. Croyez-moi, cet exercice est le plus salvateur et le plus zen qui soit. Vous vous prenez à espérer que : voilà un truc qui comblera mon besoin maladif de divertissement intellectuel. Et là, à la lecture de ces mots, vous vous dites : enfin quelqu’un qui m’a compris ! La faim de ce vide puissant qui vous broie de l’intérieur avec la force du plus colossal trou noir que l’Univers ait porté sera apaisée un moment. Cette vacuité porte un nom tellement poétique : l’ennui.
Rien est la preuve absolue du pouvoir des mots et de leur valeur de sortilèges. Une telle richesse de vocabulaire pour ne rien dire!
Ceci est la plus grande perte de temps que vous aurez jamais lue.
Déjà, vous ne pouvez plus détacher votre regard de ces lignes, car vous tenez mordicus à savoir de quoi il retourne. Une sorte de masochisme profondément dissimulé en vous vous pousse à continuer à lire, et ce, même si vous savez très bien que c’est peine perdue, que rien ne vous attend au bout du chemin. Oh, vous essayez tant bien que mal de détourner les yeux en vous disant qu’on se fout de votre gueule, mais vous continuez d’espérer qu’au bout du compte il y aura bien une explication à tout ce verbiage. Que nenni! Vous perdez votre temps et vous le savez… mais quand même, vous vous tortillez un peu les fesses. Par à-coups, quelque chose secoue votre ventre. Un léger fou-rire commence à se faire sentir, car vous trouvez cette lecture ridicule. Et vous vous trouvez ridicule vous-même un peu, mais bon, vous y ressentez quand même un certain plaisir. Vos neurones d’intellectuel-le s’agitent, et ça, ça n’a pas de prix! L’auteur de ces lignes commence à vous taper sur les nerfs. Comment ose-t-il me tenir en otage avec mon amour des mots ? vous dites-vous avec un sourire mi-figue, mi-raisin. Et ça continue. Ou plutôt, vous continuez. Je concocte au fur et à mesure un discours qui vous tient en haleine. C’est un défi que vous vous êtes lancé sans même vous en rendre compte, et qui veut que vous réussissiez coûte que coûte à vous rendre jusqu’au bout du texte – qui n’est pas si long, vous encouragez-vous. Vous parviendrez à trouver un sens à ce Rien, comme on cherche à se rendre au bout de la vie en espérant y comprendre quelque chose.
Cette fois, vous vous demandez à quoi ça sert de vous accrocher comme ça. Vous réussissez tout de même à vous retenir d’aller voir la fin du texte, car vous craignez de gâcher la surprise et le moment tant attendu de l’illumination, quand tout se met en place et que l’intrigue prend tout son sens. Et bien, voilà : le texte est terminé. Vous pouvez continuer à trouver d’autres façon de remplir votre vide affamé. Quoique je suis persuadé que vous parviendrez à trouver, sinon à donner un sens à ces lignes. Je suis certain que vous intellectualisez déjà sur cette délicieuse perte de temps. Et vous avez envie soit de me frapper, soit de me remercier de vous avoir offert ce petit Rien qui vous fait rire aux éclats par la profondeur de son inanité.


Sans épilogue

J’habite une histoire trop compliquée pour être écrite.
Je l’ai pensée moi-même, comme un grand.
Mais j’en ai perdu le fil.
J’ignore maintenant à quel chapitre j’en suis.
Peut-être est-ce le premier.
La conclusion, je ne l’ai pas encore trouvée.
Tant mieux.
Quoique passer par la fin avant toute autre page éternise le récit.
Un conte sans epilogue.

C’est là ma vie.


Insomnie

Dans la nuit un ventilateur
Le seul son qui se meut
Ma présence amère
Rien d’autre ne me plaît
Que rester là
À ne rien faire
Il n’y a rien d’autre
À faire
Je suis seul
Honte d’être seul
Ça veut tout dire
La solitude, s’entend
Elle me révèle à moi-même
Ma solitude
Ma seule véritable possession
Mon amie toujours présente
Elle ne me juge pas
Il n’y a rien à juger
Juste un morceau de néant
Qui pense
Qu’il a raté sa vie


Yin et Yang

Yin et Yang

En moi une ombre vit
Je suis elle, elle est moi
Elle se love au creux de mon abysse intérieure
Longtemps je l’ai balayée l’ai bannie l’ai exilée
Horrifié de la savoir partie de qui je suis
J’ai pour lors et depuis ressenti son angoisse
Son aigreur
Le désespoir avec lequel elle me punissait
Et c’est tout mon être qui tressaillait
Qui exhalait Qui hurlait Que j’avais besoin de mon amour
Afin de nous sentir apaisés, ma ténèbre et moi
Je lui ai tendu la main l’ai accueillie
Offert la sécurité de mon cœur
C’est ainsi que, en paix, elle ne déchaîne plus mes saisons
Car avec elle, je suis complet


Décision, décision…

Une âme se trouvant entre deux vies avait une conversation avec la Source de toute chose.

– Pour ta prochaine vie, tu peux choisir d’incarner n’importe lequel des êtres qui a existé, existe ou existera, et ce, à n’importe quel moment.

– J’aimerais bien pouvoir faire d’autres choix, dit l’âme. Puis-je renaître à nouveau comme celui que j’étais ?

-Si tu veux, mais tu pourrais aussi faire ces autres choix en étant quelqu’un d’autre. Ce serait plus amusant, tu ne penses pas ?

-Vous avez raison. Mais vous, l’avez-vous déjà fait, vous incarner en l’un des êtres qui peuplent l’Univers ?

-Je le fais constamment. En fait, c’est toute la différence entre vous et moi. Vous pouvez être chacun d’eux, mais à tour de rôle. Moi, je suis chacun d’entre vous au même moment.

-Wow !

-N’est-ce pas ?


Deux têtes sont pires qu’une