Unité

Après un long chemin de plusieurs années, un homme se dirigeait vers une place publique. Il avait choisi un chemin qui le plaçait toujours dos au soleil dans sa démarche. Une femme lui proposa de couvrir ses épaules brûlées de pommade. Celui-ci lui répondit sèchement qu’il n’avait pas de temps à perdre et qu’il la soupçonnait de vouloir lui quémander quelques sous. Et il poursuivi son chemin.

D’une autre direction, un deuxième homme se dirigeait vers le même endroit. Celui-là avait le visage rouge et avait du mal à voir devant lui, car il prenait toujours une route face à la lumière du jour. Ainsi, croyant que quelqu’un venait l’aider à traverser la rue, il ne reconnut pas le voleur qui se précipitait sur sa besace pour s’enfuir avec sa maigre pitance.

Un troisième, un enseignant, le dos bien droit, s’approchait des lieux d’une démarche de funambule, bien en équilibre, et comme la Lune, un côté constamment éclairé et l’autre dans les ténèbres. Personne n’osait s’approcher de crainte de le faire tomber et de se faire faire la leçon.

Avec joie et insouciance, un quatrième se présenta en dansant sur son chemin, allant d’un côté comme de l’autre, virevoltant et faisant des pirouettes. Ce garçon, lui, avait un beau teint doré bien égal de tous côtés. Certains lui criaient des bêtises, lui intimant de regarder devant lui, alors que d’autres le secoururent lorsqu’il s’effondra, étourdi.

Et au centre, un dernier les attendait patiemment, assis en tailleur, l’air serein. Lorsqu’ils furent arrivés auprès de lui, il leur demanda comment s’était déroulé leur périple.

L’homme au dos brûlé se plaignit : « J’ai dû surmonter d’innombrables difficultés et affronter de terribles dangers. Les gens que j’ai croisés étaient méchants.

– Normal, tu n’as vu que ton ombre tout au long de la route. »

Celui aux yeux éblouis par le soleil dit avec amertume : « Moi, on m’a trompé et tout dérobé. Je croyais que les gens était bons.

– Normal, tu étais aveuglé. »

L’enseignant, lui, lâcha tristement : « En ce qui me concerne, la route a été sans encombres et pas trop rude, mais ennuyeuse. On m’a respecté, mais jamais aimé.

– Normal, il faut se relâcher un peu. »

Quant au jeune homme qui reprenait ses esprits. « La route a été amusante. Je me suis amusé de tout : du mauvais comme du bon. Même mon travail était agréable. » Il ajouta d’un trait : « Mais ça s’est passé si vite ! J’aurais aimé que ce soit plus long.

– Normal, il faut un peu de modération.

– Mais toi, qu’as-tu fait pendant ce temps? lui demandèrent-ils à l’unisson.

– Je vous ai observés à distance et ai profité de vos expériences. Ce qui me permet maintenant de pouvoir guider ceux qui suivront.

– Et comment peut-on atteindre ton état, toi qui paraît si serein ? s’ enquirent-ils.

À l’ombrageux, il dit : « Accepte l’amour qu’on te donne. »

À l’ébloui, il conseilla : « Reconnais l’ombre en toi. »

À l’enseignant, il recommanda : « Amuse-toi. »

Et à l’insouciant, il proposa : « Savoure l’instant. »

Et chacun reparti en empruntant un nouveau chemin.


Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueueurs aiment cette page :