Archives mensuelles : janvier 2018

Le Corbeau et le Renard, suite et fin

Maître Renard, sur le sol allongé

Dégustait son gain de fromage.

Maître Corbeau, par-dessus lui penché,

Lui fit à peu près se présage :

Oh dites donc, Monsieur du Renard,

Votre poil est si dru et semble tellement soyeux

Il faut fuir ! Si votre figure

Résulte de tout ce chantage,

Vous encourez les rixes, les chasseurs aux abois.

À ces mots, le Renard ne se sent plus d’effroi,

Et pour contrer l’affreux trépas,

Il se relève sec, s’enfuyant dans les bois.

Le Corbeau, qui le suit, lui dit : pauvre monsieur

Sachez qu’un beau parleur

Rencontre l’ennui un jour sur sa route.

Cela vous coûtera le pelage sans doute.

Le Renard, effrayé et perdu

Regretta un peu tard, car il fut abattu.


Le crocodile et l’écureuil – fable

Par un beau jour récent, en dissertant bien fort
Sur leurs dirigeants et leurs frasques innombrables
Maître crocodile et l’écureuil son ami 
Montèrent un peu le ton, chacun en pris ombrage
Tous les bons habitants de leur noble contrée
Tout en émoi étaient de les voir si fâchés
Ils sont d’ordinaire si amusants à entendre
Chantaient les uns aux autres, piaillaient les autres aux uns
Aurons-nous le bonheur de les voir à nouveau
Rouspéter de bon cœur, s’indigner follement?
Heureusement pour eux, les maîtres du pays
À tant de crimes et de bêtises se livraient
Que les deux vieux amis durent se concerter
Maître écureuil dit à maître crocodile :
Voyez comme ceux-là, se vautrant dans la fange,
À nous raccommoder, nous simplifient la tâche
C’est là notre devoir de les garder à l’œil
Ensemble, le bon peuple, de tenir informé
Maître crocodile à l’écureuil rétorqua :
Mon bon ami sans vous, je dois le reconnaître
L’ennui me met à mal plus que nos dominants
Et d’une seule voix, à la joie du public
Les compères levant leurs chopes déclarèrent :
Quelles que soient nos diverses, sagaces opinions
Comme il y a tant à dire et que le vin est bon
Encore et pour longtemps nous fraterniserons


Ennui et volupté

J’ai fait la guerre à l’ennui
Pourfendu l’isolement
À grands coup de bassin
À grands coups de gueule
À grands coups de narines
Aspiré le plaisir

Molly m’a accompagné
M’a offert de tendres baisers
Extasié mon corps, épanoui
J’ai dansé sur la piste
Et sur l’étroite ligne
En équilibre sur l’indicible
Désirs assouvis et mirages entraînants

Des amants aux multiples visages
Ont dansé sur mon cœur
Sur mes sens
On fait pulser mon sexe ensorcelé
Je les ai remplis de moi
Pour cacher mon néant
Pour oublier l’esseulé
Qui se cache entre mes côtes
Oiseau terrifié
Par la grandeur du ciel
Ce vide affamé de battements d’ailes