Archives mensuelles : mars 2014

Une décision drastique

Nouvelle écrite en 2005

Je suis debout devant un long miroir. Je tiens cet objet de violence par le manche et jette un ultime regard à celui que je fus. Faute de témoin pour assister à ma chute, je vous parle à vous de cette vie que je laisse derrière moi, car on doit comprendre comment j’en suis arrivé là.

J’ai les cheveux longs. Je sais, ça n’en révèle pas énormément sur ma personne, mais c’est un début. Je continue. J’ai quarante ans. Bon, vous vous dites sûrement : « Cheveux longs, quarante ans, il doit être un peu rebelle. » Un peu, oui, dois-je avouer. Mais pas tel que vous le pensez. Attendez, vous verrez bien. Je suis très bien habillé. Tiré à quatre épingles, comme qui dirait. Dans le style lord anglais… ou écossais (j’aime bien les carreaux). Un excentrique? Probablement. Toujours est-il que je suis très beau. J’ai été modèle, vous savez ? Non, restez calme. Ce n’est pas de la prétention. J’ai de bonnes raisons de vous dire ceci. Vous comprendrez mieux comment j’en suis arrivé là où j’en suis. Laissez de côté vos préjugés et laissez-moi vous révéler la suite. Donc, je suis un excentrique de quarante ans, beau garçon (ou bel homme) aux cheveux longs. Vous ai-je dit que je suis riche? Vous avez les yeux tournés vers le ciel, je le sens. Je maintiens tout de même mon affirmation : ces choses doivent être dites. Enfin, je suis riche, je suis beau, mon statut financier se lit dans mes vêtements démodés, mais impeccables, j’ai quarante ans et je garde les cheveux longs (dans le style ondulés et qui descendent sous les épaules.)

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Je ne comprends pas la gauche / Ich verstehe die Linke nicht

Le texte qui suit est une traduction d’un article de M. Harald Martenstein, paru dans l’excellent journal allemand «Der Tagesspiegel».
En plus de mon diplôme en littérature, j’en possède aussi un en traduction. Une autre raison d’écrire. Vos commentaires sont les bienvenus.

La Russie, l’Ukraine et la gauche

 « Je ne comprends pas la gauche. »

23 mars 2014, 19h23 par Harald Martenstein

Que signifie « la gauche » de nos jours, se questionne Harald Martenstein? Certainement, ça n’a que bien peu à voir avec la démocratie. Qu’ont Poutine et Ianoukovitch de si bon, de si socialiste et de tellement avant-gardiste pour les gauchistes?

Je constate avec un certain trouble l’assez grande acceptation de nombreux gauchistes pour les positions politiques de Vladimir Poutine dans la crise de Crimée. En contrepartie, la position des pays occidentaux est vivement critiquée. Les Russes ne viennent-ils pas de prendre possession d’une portion d’un autre pays ou est-ce que je me trompe ? Et qu’on ne vienne pas me parler du référendum en Crimée, l’opposition n’avait même pas le droit d’installer des affiches.

J’aimerais bien voir ce qui se passerait si aux prochaines élections, les partis de  gauche n’avaient pas le droit d’installer des affiches ni de produire des publicités pour la télévision.

Mon opinion : vous déclareriez ces élections illégales.

Qui plus est, si la Russie a le droit d’annexer l’Ukraine, l’Autriche a aussi le droit d’occuper le Tyrol du Sud. Parvenir à une majorité pour l’annexion par voie de référendum, même un vrai, ne devrait pas y poser problème. D’ailleurs, autrefois, Hitler a brisé la Tchécoslovaquie et envahi les Sudètes grâce aux mêmes arguments que Poutine utilise aujourd’hui. Les habitants s’étaient  montrés enthousiastes.

Que signifie aujourd’hui « la gauche » ? Faire respecter la démocratie ne semble pas en faire partie. Il est difficile d’ignorer que la Russie de Poutine est une dictature. Contrairement à l’ex-Union soviétique, cette dictature-ci ne se drape même pas des couleurs du socialisme. Votre haine de l’OTAN et des États-Unis est-elle si grande que vous êtes prêts à laisser agir n’importe quel despote ou impérialiste sous prétexte que son discours s’attaque aux É.-U. ?

Le journal «Junge Welt» prétend que l’Ukraine serait dirigée par des « putschistes ». Enfin, je crois que si les Ukrainiens avaient eu la possibilité de choisir leur gouvernement de manière légale et ordonnée, ils l’auraient fait avec plaisir. Ils se seraient bien passés de se faire battre et de se faire tuer. Lorsque l’injustice devient loi, la résistance est un devoir. Vous connaissez ces paroles. Un peuple doit-il se soulever contre un despote uniquement pour aboutir à un régime antioccidental, selon vous ? Les partisans de la gauche seraient-ils donc pour la révolution seulement si le résultat est une dictature ou une oligarchie corrompue ? Faut-il s’assurer qu’aucune démocratie avec liberté d’opinion et droits civils n’apparaisse après une révolution ? Je ne vous comprends pas. Que trouvez-vous chez Poutine et Ianoukovitch de si bon, de si socialiste et de tellement avant-gardiste ? La haine des gays ? Les procès de pacotille contre des opposants ? La censure ? Les journalistes assassinés ?

 

Voici le lien de l’article original : http://www.tagesspiegel.de/meinung/russland-die-ukraine-und-die-linkspartei-ich-verstehe-die-linke-nicht/9656684.html


Ménage du printemps

J’ai suspendu le temps comme un manteau poussiéreux, dans une armoire de cèdre, parmi les boules à mites, afin qu’on l’oublie; et que s’il advenait que quiconque le trouve, il soit laissé là, trahi par son odeur de passé, comme un cadavre embaumé de chimie. Le temps est mort. Qu’il repose en paix.


Une raison à ma folie

J’ai vécu des moments sans fin, passés entre le goût prolongé des mondanités et l’attrait de commettre quelques erreurs de parcours; pour le simple plaisir de perdre mes pas sur des pistes inconnues, tracées par mes divagations, esquisses de mon monde à venir. C’est en usant d’intensité que je rends au présent sa splendeur et son essence d’éternité, et ce désir rend mes pensées vastes comme des voyages.


Sombres émerveillements

Nous pensons aux refus, à nos souffles perdus dans un vent d’acier

Aux villes ténébreuses où dorment nos espoirs acharnés

Sur des anges en chemise de nuit

Et des œuvres en fuite

 

Nous frémissons dans le calme sismique de nos âmes exsangues

Univers ahuri d’êtres de dénature

Dans nos positions vertigineuses

Eau-de-vie des ivrognes d’amour

 

Nous lâchons des soupirs et des fredonnements

Grandioses détresses avant le dernier spasme

Soubresaut cosmique

Dans l’apothéose de l’insignifiance

 

Nous payerons le tribu à nos étoiles mères

Pour les gloires empruntées à l’infini

Admirables poussières, lumineuses cendres

Exauçant les vœux aux nuits des perséides