Les Délyriques

Tome premier :

En ces jours d’apocalypse ou

Compte-rendu de la fin des temps

Voici le titre de ma Web série qui commencera bientôt. Un être fantastique du nom de Magistère Jacassier viendra régulièrement raconter des histoires horribles, drôles, profondes ou légères et déclamer de la poésie, interviewer des auteurs, faire tirer des livres. Ces titres et les textes qui y sont associés sont protégés par droits d’auteur.
Une version imprimée et reliée de ces œuvres sera publiée à la fin de la saison 1.

Je vous tiendrai au courant de la date de diffusion du premier épisode.
Au plaisir de vous y rencontrer en grand nombre.

Pour vous faire patienter, voici une mise-en-bouche…

La vieille dame

Veuve d’un expert en démolition, Anna Wiekovski avait pour habitude de ramasser des chocolats. De nombreuses boîtes de truffes vides traînaient sur son lit et sa commode, mais elle ne les mangeait pas. Elle les lançait aux pigeons pour leur donner une indigestion. De temps à autre, elle y ajoutait un soupçon de mort aux rats. D’ailleurs, depuis qu’elle songeait à sa nouvelle idée, qu’elle mûrissait son plan, car c’en était devenu un, elle en avait mis plus que d’habitude et en avait mis aussi dans du pain. Lentement, c’était comme si une frénésie meurtrière s’était emparée d’elle. Depuis quelques semaines, elle avait disséminé de nombreuses miettes chaque fois qu’elle sortait, et il n’y avait plus beaucoup d’oiseaux dans le quartier. Elle en avait tant tué, que les autres savaient d’instinct qu’il fallait éviter le secteur en raison d’un mal inconnu qui décimait les populations. Au moins, ces maudits rats du ciel ne venaient plus chier sur le porche.

À force de se buter aux embûches et de se cogner le petit orteil sur les pattes de chaise de la vie, on finit par avoir du mal à marcher à 84 ans, comme elle. Ce n’est pas si grave, se consolait-elle, après, on peut se procurer une marchette et ajouter quatre jambes. Elle pensait aux insectes et ça la faisait sourire. Elle avait bien l’intention d’écraser quelques doigts de pieds et de frapper quelques tibias là où ça fait le plus mal, sur ce que sa propre mère nommait le « pas gras de la jambe ». Ils le méritaient bien, après tout, même ceux qu’elle n’avait jamais rencontrés… et dont elle n’avait pas plus envie de faire la connaissance.

Ces primates enragés et abrutis avaient démontré au cours de cette vie ce qu’ils avaient de plus bête et méchant. Quoi que les bêtes n’avaient rien de bien méchant comparées à eux. Ils allaient être servis, foie de volaille !

Son plan était prêt depuis peu. L’approche du temps des Fêtes avait été le terreau fertile de ses idées. Qui allait oser soupçonner une petite vieille qui marchait sur six pattes et semblait crouler sous le poids de sa longue existence? Il est nécessaire de préciser ici qu’Anna affectait alors beaucoup sa démarche et arrondissait le dos volontairement, un peu comme une chatte enragée. Si une chatte qui fait le dos rond incite à changer de trottoir, elle, n’en inspirait qu’un peu plus la pitié, ce qui normalement l’énervait, mais lui serait bientôt utile. Qui plus est, Anna se montrait d’une politesse infinie, presque mièvre.  Certainement, se disait-on, selon elle, aucun soupçon de méchanceté ne se dissimulait dans le cœur d’une aînée qui fait si bien la cuisine. Non! Les psychopathes sont ceux qui auraient le culot de seulement supposer, même en riant, d’émettre le début d’une ombre de pensée à ce sujet. Elle était tranquille; personne ne viendrait l’embêter.

Lorsque vint la date prévue, elle prit place à la table de la cuisinette avec sa liste de choses à faire pour passer en revue chaque étape du plan et vérifier qu’elle n’avait rien omis. Satisfaite, elle prit le combiné du téléphone pour annoncer à ses invités, les cinq autres habitants de l’immeuble, qu’ils pouvaient venir.

Vers 19h, tout le monde était là. Ne manquait que le concierge et son idiote de femme, partis à l’extérieur à la dernière minute. Pas grave, après ce soir, ce cancre en aurait pour le reste de ses jours à recoller les morceaux.

Chacun s’extasiait sur la cuisson des «cailles». Elle était fière de son idée d’avoir ramassé et conservé quelques cadavres de pigeon pour l’occasion, résultat de son holocauste personnel. Ça avait drôlement diminué les frais. Bien sûr, on s’émerveillait aussi de sa grandeur d’âme d’avoir préparé ce repas pour eux uniquement puisqu’elle-même, en raison de son âge et de ses besoins réduits à l’essentiel, se contentait d’une soupe.

Enfin arriva le moment de l’acte final. Depuis le temps qu’elle rageait, que toutes ses pensées étaient fixées sur cet instant d’absolu, elle verrait la justification de son action confirmée dans toute sa sombre splendeur par l’attention qu’on porterait enfin à sa cause. Tandis qu’on déballait les cadeaux dans le salon, elle prétexta un besoin urgent et, autant que faire se peut, fila aux toilettes en emportant ses broches à tricoter et une balle de laine qui se déroulait en laissant les fils sur le sol. Dans l’ivresse du vin qu’elle avait fait couler à profusion, personne ne remarqua quoi que ce soit, pas même que sa marchette, avec ses tubes gorgés de sciure de dynamite, trônait encore là où elle prenait place un instant auparavant.

Bien assise sur le siège des toilettes, elle planta ses broches dans le détonateur dissimulé dans la pelote, y fixa les fils et alors qu’elle les entendait caqueter d’extase en enfilant qui le pull, qui le foulard, qui les pantoufles qu’elle leur avait tricotés (et imbibé de poudre explosive), elle eut une pensée pour eux en se soulageant et actionna le détonateur.

Tout l’édifice vrombit.

Deux heures plus tard, les secouristes avaient réussi à sortir une petite vieille des décombres de l’appartement. Heureusement pour elle, se racontaient-ils, elle était en train de faire ses besoins lorsque la fuite de gaz s’était enflammée et avait soufflé la cuisine et le salon jusque dans la rue.

On la traita aux petits soins, lui mit une couverture sur ses frêles épaules et l’installa à l’arrière d’une ambulance, assise entre les portes ouvertes. Pour feindre la sénilité plus profondément, elle osa forcer la note et ramassa un morceau de cadavre parmi les débris. Elle tenait le bout de dépouille sanguinolent dans ses mains menues et tremblantes en disant d’un air attristé : « Oh! Ma dinde est gâtée! Je ne pourrai pas en offrir à ces bons messieurs de la police. »

L’enquête avait fini par révéler qu’Anna Wiekovski était l’auteur de la catastrophe. Les médias la surnommèrent la « Mamie meurtrière » et elle fut internée après un procès embarrassant et vite expédié. Collectivement, on finit par oublier l’affaire, car elle déstabilisait trop les idées préconçues que l’on se faisait sur les gens.


Rêve techno

La mouvance nous emporte

Corps qui serpentent

Peau électrifiée

Sens mûrs et sublimés

Bassin rebelle

Gravité sur pause

Interrompue par le son

Grisant comme des amphet’

 

Le Beat embrase le rythme cardiaque

Montée, crescendo

L’être en suspens

Entre les colonnes, le son

Canevas de vibrations et corps libéré

Synesthésie exaltante

Enfin la tombée subite

L’on s’élance sur la piste

Secoués de spasmes effrénés

Nous sommes dans l’interstice

Entre les dimensions


Frère

Le mauvais rôle toujours on me donne

Les pires intentions également on me prête

Mais la vérité à l’ignorer vous persistez

C’est ainsi que l’on m’a créé

 

Vous me tournez le dos pour ne voir que votre ombre

Pourtant votre miroir je suis, étincelant

Porteur de la lumière on a fait ma mission

Si seulement vous pouviez vous voir tout autant

 

Votre ennemi je ne suis pas et pourtant

Vous me traitez comme tel

Oui je suis votre frère

Mon nom est Lucifer

 

 


Unité

Après un long chemin de plusieurs années, un homme se dirigeait vers une place publique. Il avait choisi un chemin qui le plaçait toujours dos au soleil dans sa démarche. Une femme lui proposa de couvrir ses épaules brûlées de pommade. Celui-ci lui répondit sèchement qu’il n’avait pas de temps à perdre et qu’il la soupçonnait de vouloir lui quémander quelques sous. Et il poursuivi son chemin.

D’une autre direction, un deuxième homme se dirigeait vers le même endroit. Celui-là avait le visage rouge et avait du mal à voir devant lui, car il prenait toujours une route face à la lumière du jour. Ainsi, croyant que quelqu’un venait l’aider à traverser la rue, il ne reconnut pas le voleur qui se précipitait sur sa besace pour s’enfuir avec sa maigre pitance.

Un troisième, un enseignant, le dos bien droit, s’approchait des lieux d’une démarche de funambule, bien en équilibre, et comme la Lune, un côté constamment éclairé et l’autre dans les ténèbres. Personne n’osait s’approcher de crainte de le faire tomber et de se faire faire la leçon.

Avec joie et insouciance, un quatrième se présenta en dansant sur son chemin, allant d’un côté comme de l’autre, virevoltant et faisant des pirouettes. Ce garçon, lui, avait un beau teint doré bien égal de tous côtés. Certains lui criaient des bêtises, lui intimant de regarder devant lui, alors que d’autres le secoururent lorsqu’il s’effondra, étourdi.

Et au centre, un dernier les attendait patiemment, assis en tailleur, l’air serein. Lorsqu’ils furent arrivés auprès de lui, il leur demanda comment s’était déroulé leur périple.

L’homme au dos brûlé se plaignit : « J’ai dû surmonter d’innombrables difficultés et affronter de terribles dangers. Les gens que j’ai croisés étaient méchants.

– Normal, tu n’as vu que ton ombre tout au long de la route. »

Celui aux yeux éblouis par le soleil dit avec amertume : « Moi, on m’a trompé et tout dérobé. Je croyais que les gens était bons.

– Normal, tu étais aveuglé. »

L’enseignant, lui, lâcha tristement : « En ce qui me concerne, la route a été sans encombres et pas trop rude, mais ennuyeuse. On m’a respecté, mais jamais aimé.

– Normal, il faut se relâcher un peu. »

Quant au jeune homme qui reprenait ses esprits. « La route a été amusante. Je me suis amusé de tout : du mauvais comme du bon. Même mon travail était agréable. » Il ajouta d’un trait : « Mais ça s’est passé si vite ! J’aurais aimé que ce soit plus long.

– Normal, il faut un peu de modération.

– Mais toi, qu’as-tu fait pendant ce temps? lui demandèrent-ils à l’unisson.

– Je vous ai observés à distance et ai profité de vos expériences. Ce qui me permet maintenant de pouvoir guider ceux qui suivront.

– Et comment peut-on atteindre ton état, toi qui paraît si serein ? s’ enquirent-ils.

À l’ombrageux, il dit : « Accepte l’amour qu’on te donne. »

À l’ébloui, il conseilla : « Reconnais l’ombre en toi. »

À l’enseignant, il recommanda : « Amuse-toi. »

Et à l’insouciant, il proposa : « Savoure l’instant. »

Et chacun reparti en empruntant un nouveau chemin.


Roman gratuit

Mon premier roman, Les boucles quantiques ou Là où commence le ciel, s’est retrouvé en magasin en 2006. Reçu par la critique comme roman de quête initiatique, on l’avait recommandé comme lecture de vacances, quand on se prélasse a l’abri d’une ombrelle sur la plage. Et voici que 13 ans se sont écoulés depuis sa sortie sur les tablettes des librairies. Quand je le revisite aujourd’hui, je réalise, avec un désarroi qu’un sourire en coin vient adoucir, que je manquais de maturité et que je n’avais trouvé ni ma voix ni mon chemin. Mais beaucoup d’encre a coulé des cartouches d’imprimante, ou devrais-je dire: d’innombrables pixels ont noirci les écrans depuis.

Et m’y voici enfin.

Avec mon projet de contes Les Délyriques, je peux affirmer que si ce n’est pas là la destination finale de mes élucubrations esthétiques, je suis au moins en chemin. Une route que j’espère aussi longue et merveilleuse que possible.
Sachez que la maison d’édition, Éditions Le Navire, n’existe plus, et que donc, la version imprimée avec première et quatrième de couverture est épuisée et introuvable.
Et puisque moi et ma plume avons repris notre envol pour explorer de nouveaux univers à travers le conte et la nouvelle, le voici disponible gratuitement en version électronique. Son titre actuel,
Un arbre dans le désert, représente plus, selon moi, l’essence de l’histoire.
Enfin, vous êtes libres d’ajouter vos critiques et commentaires sur cette page. Aussi, vous êtes libre de le partager. Pour télécharger le livre, cliquez sur le titre (lien) en dessous.
Bonne lecture!

P.S. Ah, oui, j’oubliais, l’histoire met en scène un jeune homme qui part à la recherche de son père qu’il croyait mort. Ce dernier laisse des lettres à son fils à travers le monde, que celui-ci doit trouver dans sa quête et à travers lesquelles il apprend à le connaître. Mais il est pourchassé par des agents gouvernementaux d’une société secrète d’agents psy qui veulent mettre la main sur le mystérieux fugitif qu’est son père.

Un arbre dans le désert


Rideau !

Une pensée s’attarde sur une mémoire diffuse, alors que les souvenirs épars qui la désertent me font un clin d’oeil. Ainsi, je me détourne enfin du spectacle de nos vies falsifiées, desquelles on se grise comme on prend un cachet; et mon costume se rend sommeiller sur son cintre, comme une relique dans son sépulcre.

L’acteur jamais n’observe la tombée du rideau. Son tableau est celui de nos regards désireux d’existences admirables et de destins fabuleux.

Et en libérant la scène trépidante, complet et entier des émois beaux et tristes qui composent mon script, m’ont nourri et drogué, c’est sur l’assistance que je pose ma prunelle et que je me prosterne, ébahi de beauté.


Retour

Nous courrons, éperdus, derrière des œuvres en fuite
À chaque instant peintes par une volonté inconnue
Notre fugue à travers les âges arrive à son terme
Et l’artiste se rappelle une époque où il fut créé

Dans les bras de nos mémoires célestes nous accourrons
Animés du désir d’être plus que soi
Dépasser les bornes dans le délice de nos créations

Un navire mouille à quai où nous voulons monter
Pour entendre la mer dans un nautile

Et nous fusionnons dans l’écume